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	<title>Cabiria</title>
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	<description>Action de sant&#233; communautaire avec les travailleuses et travailleurs du sexe &#224; Lyon</description>
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		<title>Cabiria</title>
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		<title>R&#233;pression et prostitution</title>
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&lt;p&gt;Corinne Monnet Charg&#233;e de recherche &#224; Cabiria, association de sant&#233; communautaire avec les personnes prostitu&#233;es. Texte paru dans la revue &#034;Le passant ordinaire&#034; n&#176;44 avril-juin 03 http://www.passant-ordinaire.com &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;pression envers les personnes prostitu&#233;es ne date &#233;videmment pas d'hier. Les prostitu&#233;es ont toujours eu affaire avec la police et la justice. Selon l'encadrement juridique des pays &#224; propos de la prostitution ou selon l'&#233;poque, plus ou moins morale ou s&#233;curitaire, elles ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.cabiria.asso.fr/la-recherche" rel="directory"&gt;La recherche&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.cabiria.asso.fr/Articles" rel="tag"&gt;Articles&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Corinne Monnet&lt;br class='manualbr' /&gt;Charg&#233;e de recherche &#224; Cabiria,&lt;br class='autobr' /&gt;
association de sant&#233; communautaire avec les personnes prostitu&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Texte paru dans la revue &#034;Le passant ordinaire&#034; n&#176;44 avril-juin 03&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.passant-ordinaire.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.passant-ordinaire.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;pression envers les personnes prostitu&#233;es ne date &#233;videmment pas d'hier. Les prostitu&#233;es ont toujours eu affaire avec la police et la justice. Selon l'encadrement juridique des pays &#224; propos de la prostitution ou selon l'&#233;poque, plus ou moins morale ou s&#233;curitaire, elles ont &#233;t&#233; enferm&#233;es (dans des bordels ou des prisons), marqu&#233;es du sceau de l'infamie et socialement construites et (d&#233;)consid&#233;r&#233;es comme un groupe de parias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les ordonnances de 60, promulgu&#233;es afin de lutter contre certains fl&#233;aux sociaux, d&#233;finissent les prostitu&#233;es comme des inadapt&#233;es sociales et des victimes &#224; r&#233;ins&#233;rer. Jusqu'&#224; la loi de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, la prostitution n'&#233;tait donc pas interdite, car consid&#233;r&#233;e comme une affaire priv&#233;e. Toutefois, des mesures visaient bien d&#233;j&#224; &#224; en g&#234;ner l'exercice, comme celles concernant les atteintes &#224; la moralit&#233; ou &#224; l'ordre public. Mais si elle &#233;tait per&#231;ue unanimement comme indigne et mettant en danger &#224; la fois le bien-&#234;tre de la personne, ainsi que celui de la famille et de la soci&#233;t&#233; (cf la convention de 49), le fait d'&#234;tre raval&#233; au rang de victime n'&#233;tait n&#233;anmoins pas une entrave &#224; l'exercice de cette activit&#233;. Certes, le prix en &#233;tait toutefois tr&#232;s &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, travailler dans la prostitution a toujours demand&#233;, outre les comp&#233;tences propres &#224; ce travail, de supporter la stigmatisation omnipr&#233;sente. La r&#233;pression &#233;tait donc d&#233;j&#224; de mise par les diverses contraintes d&#233;coulant de l'abolitionnisme : impossibilit&#233; de trouver un logement sans passer par des magouilles (sous peine de se voir reprocher son absence de statut social reconnu), impossibilit&#233; de porter plainte en cas d'agression (sous peine de se voir lancer &#224; la figure une fin de non recevoir appel&#233;e &#171; risques du m&#233;tier &#187;), restriction de leur vie priv&#233;e (sous peine de voir l'amant-e inculp&#233;-e de prox&#233;n&#233;tisme), impossibilit&#233; de parler de son travail (sous peine de perdre tous ses proches ainsi que certains droits), impossibilit&#233; de s'associer entre prostitu&#233;es (sous peine de passer pour des prox&#233;n&#232;tes autog&#233;r&#233;s)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi rajouter &#224; cela les abus constants de la police, initi&#233;s avec le fichage syst&#233;matique des personnes, fichage pourtant interdit, mais dont la pratique constante en dit long sur la volont&#233; d'humilier, de soumettre et de discipliner. Entre le rejet incessant d'autrui et les difficult&#233;s pour acc&#233;der aux droits communs, il reste peu de place pour le bien-&#234;tre. L'escroquerie de l'abolitionnisme, comptant &#224; juste titre sur la bonne morale pr&#233;sente en chacun-e, est de faire croire que les effets induits par toutes ces violences sur les personnes concern&#233;es sont d&#251; &#224; l'activit&#233; en elle-m&#234;me et non au stigmate et &#224; la r&#233;pression tout azimut de la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire se trouve &#234;tre dans la confiscation de la parole des prostitu&#233;es, parole confisqu&#233;e parce qu'inentendable, parce que jug&#233;e fausse, qu'elle soit per&#231;ue comme dict&#233;e par le vice, un prox&#233;n&#232;te ou par la mis&#232;re la plus sordide. Qu'importe le pr&#233;texte, pourvu qu'on ne les entende pas. Pourvu surtout qu'elles ne fassent penser &#224; aucune femme que ce travail peut &#234;tre un meilleur choix et qu'il suffirait d'en am&#233;liorer les conditions pour qu'il devienne &#233;gal &#224; un autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis mai 2002, la r&#233;pression s'est toutefois terriblement accrue. D&#232;s le lendemain de sa nomination, le nouveau ministre de l'int&#233;rieur s'est empress&#233; de partir en guerre contre la prostitution. D&#232;s lors, les m&#233;dias s'en sont donn&#233;s &#224; c&#339;ur joie, ce qui a eu de grandes incidences sur la vie des personnes. En rajouter encore et toujours dans la stigmatisation reste le meilleur moyen pour rendre les conditions de travail d&#233;sastreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure prohibe la prostitution, en la qualifiant d'acte d&#233;lictueux et en mena&#231;ant les contrevenantes de 2 mois de prison et 3750 euros d'amendes. La prostitution, trait&#233;e jusqu'alors en termes psycho-sociaux, le sera demain aussi en termes punitifs. Ainsi, la violence et l'exclusion qu'elles subissent depuis toujours se conjuguent d&#233;sormais &#224; une inconditionnelle vindicte populaire et &#224; une future privation de travail et/ou de libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;texte de cette loi est bien entendu s&#233;curitaire, &#224; l'instar de nombreuses autres atteintes actuelles &#224; la libert&#233; individuelle. En y regardant d'un peu plus pr&#232;s, on se rend vite compte que cette loi est un rappel &#224; l'ordre et &#224; la norme qui touche particuli&#232;rement les femmes. Figures embl&#233;matiques de la transgression et du d&#233;sordre, les prostitu&#233;es sont devenues ces derniers mois les nouveaux boucs-&#233;missaires d'une politique s&#233;curitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lyon, comme dans plusieurs villes fran&#231;aises, la loi de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure avait quelque peu &#233;t&#233; anticip&#233; par un arr&#234;t&#233; municipal anti-prostitution, pris d&#233;but ao&#251;t, qui interdisait de travailler sur la plus grande partie du territoire prostitutionnel lyonnais.&lt;br class='autobr' /&gt;
La police les a donc tout d'abord chass&#233; du centre-ville vers des lieux p&#233;ri-urbains sordides, sombres et d&#233;serts. Refouler les personnes dans de telles zones facilite les agressions et leur impunit&#233;. Isol&#233;es, elles sont encore bien plus fortement expos&#233;es aux violences, que celles-ci viennent des clients, des passants ou de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, depuis le mois d'ao&#251;t 2002, nous avons constat&#233; plus d'agressions sur les personnes qu'en deux ans (voir le journal des r&#233;pressions tenu par Cabiria sur le site cabiria.asso.fr). Ces agressions vont des insultes aux vols, en passant par des violences physiques et des viols. Mais ce sont aussi les violences et le harc&#232;lement policier. Contr&#244;les &#224; r&#233;p&#233;tition, insultes, menaces et abus de pouvoir ont &#233;t&#233; le lot commun. Vols de leur argent, verbalisations, confiscations de papiers et gardes &#224; vues ont fait leur retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la r&#233;pression conduit les personnes &#224; n&#233;gocier le plus rapidement possible avec les clients. Ne plus prendre le temps de jauger le client afin de le refuser s'il est pressenti comme dangereux a des r&#233;percussions directes en termes de violences morales et physiques, mais aussi de sant&#233;. Un client sur trois demande des passes sans pr&#233;servatifs et il arrive qu'il soit pr&#234;t &#224; user de violence pour parvenir &#224; ses fins. Les prostitu&#233;es ont toujours &#233;t&#233; les meilleurs agents de pr&#233;vention qui soient, mais la r&#233;pression accro&#238;t les demandes de rapports non prot&#233;g&#233;s ainsi que les prises de risque. La n&#233;gociation du pr&#233;servatif, dans une ambiance d'ins&#233;curit&#233; et de peur de se faire prendre par la police, devient ardue. Il faut, en un minimum de temps et en se cachant, &#224; la fois &#233;valuer le client, n&#233;gocier ses prix, ses services, et le pr&#233;servatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la police, relay&#233;e par les m&#233;dias, n'a cess&#233; de chercher &#224; diviser la communaut&#233; et d'inciter &#224; la haine raciale. Si certaines prostitu&#233;es ne les ont pas attendus pour tenir des discours racistes envers les femmes migrantes, cela a fortement contribu&#233; &#224; exacerber les tensions internes de la communaut&#233;, en transformant des rivalit&#233;s de territoire en m&#233;pris et en chasse des &#233;trang&#232;res. Strat&#233;gie d'ailleurs reprise par les politiques, qui, pour faire taire les contestations, ne se sont pas g&#234;n&#233;s pour d&#233;clarer que la nouvelle loi sur le racolage passif ne concernerait que les femmes &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun pays prohibitionniste n'a vu dispara&#238;tre la prostitution. Aucune loi r&#233;pressive n'a jamais aid&#233; les prostitu&#233;es, m&#234;me lorsqu'elle dit s'attaquer aux clients, comme en Su&#232;de. La plupart du temps, la prostitution devient donc clandestine. L'ins&#233;curit&#233; pour les personnes est alors &#224; son comble et tout peut arriver dans la plus grande impunit&#233;. La clandestinit&#233; accro&#238;t dramatiquement tous les dangers auxquels les prostitu&#233;es sont confront&#233;es et rend les conditions de travail extr&#234;mement pr&#233;caires et difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, une des grandes cons&#233;quences de la r&#233;pression polici&#232;re envers les prostitu&#233;es se trouve &#234;tre l'organisation ill&#233;gale de la prostitution et avec elle le retour des prox&#233;n&#232;tes afin de se prot&#233;ger de la police. On peut donc l&#233;gitimement penser que la r&#233;pression actuelle va transformer une activit&#233; contr&#244;l&#233;e par les femmes en une de plus contr&#244;l&#233;e par les hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les effets de la loi de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure sont bien pires encore pour les femmes &#233;trang&#232;res, puisque leur permis de s&#233;jour pourra leur &#234;tre retir&#233; et qu'elles seront expuls&#233;es. Ceci peut sembler paradoxale, tant on nous a martel&#233; leur statut de victimes supr&#234;mes. Mais ceci nous permet de mieux comprendre encore l'&#233;norme hiatus entre les intentions affich&#233;es de la loi et la r&#233;alit&#233;. Pr&#233;senter ces femmes (en censurant toute autre parole &#224; leur propos) comme &#233;tant toutes des enfants incapables de d&#233;cider quoi que ce soit les concernant, comme &#233;tant toutes vendues, battues, viol&#233;es et forc&#233;s de se prostituer par de dangereux mafieux a permis de fournir le plus grand pr&#233;texte &#224; cette loi, c'est-&#224;-dire la lutte contre les r&#233;seaux mafieux. Cependant, afficher un tel souci pour la violence contre les femmes alors que partout ailleurs elle est ni&#233;e semble pour le moins douteux. Mais si l'on veut soit-disant lutter contre les r&#233;seaux, comment expliquer que ce sont les femmes, pourtant consid&#233;r&#233;es comme victimes, que l'on va arr&#234;ter et/ou expulser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la d&#233;lation fait son entr&#233;e officielle dans le droit fran&#231;ais, par le biais de la r&#233;gularisation provisoire offerte &#224; celles qui d&#233;nonceraient leurs prox&#233;n&#232;tes. Et toutes celles qui n'en ont pas, pourront-elles d&#233;noncer les conditions sexistes et &#233;conomiques de leur pays d'origine qu'elles cherchent &#224; fuir, la fermeture des fronti&#232;res des pays europ&#233;ens qui les obligent &#224; venir clandestinement, &#224; payer des passeurs, &#224; demander de l'aide &#224; des hommes qui profitent de la situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'est pas propre &#224; la situation fran&#231;aise, les lois internationales concernant la prostitution et le trafic des femmes d&#233;nient toujours le statut d'adulte, le droit de migrer et le droit &#224; l'autod&#233;termination &#233;conomique et sexuelle pour les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;nalisation des personnes prostitu&#233;es est pass&#233;e tranquillement, nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s peu &#224; les soutenir. Si l'on a entendu quelques indignations, elles &#233;taient souvent de circonstance ; nombre de personnes n'ont pu, &#224; cause de leur abolitionnisme combattant ou rampant, se situer aux c&#244;t&#233;s de ces personnes. M&#234;me dans un cas aussi extr&#234;me que celui de couper une partie de la population (des plus stigmatis&#233;e et exclue) de ses revenus et de la possibilit&#233; de vivre d&#233;cemment, rares sont celles et ceux qui ont r&#233;ellement ressenti un sentiment de r&#233;volte face &#224; l'injustice d'une telle loi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Remettre en question la notion de &#8216;place' : Quitter son pays pour le sexe</title>
		<link>http://www.cabiria.asso.fr/Remettre-en-question-la-notion-de-place-Quitter-son-pays-pour-le-sexe</link>
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&lt;p&gt;Laura Augustin est une chercheuse Latino-Am&#233;ricaine qui travaille depuis plusieurs ann&#233;es sur la migration des femmes et le travail du sexe. D'abord publi&#233; dans Development, 45.1, printemps 2002, dans le cadre du projet dirig&#233; par la Soci&#233;t&#233; de D&#233;veloppement International (Rome) sur &#8216;La Femme et les cons&#233;quences politiques de sa place'. &lt;br class='autobr' /&gt; D&#232;s que les gens migrent, ils ont tendance &#224; songer &#224; l'endroit o&#249; ils sont n&#233;s sentimentalement. Ils &#233;voquent de chaleureuses images de leurs proches, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.cabiria.asso.fr/la-recherche" rel="directory"&gt;La recherche&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Laura Augustin est une chercheuse Latino-Am&#233;ricaine qui travaille depuis plusieurs ann&#233;es sur la migration des femmes et le travail du sexe. &lt;br class='manualbr' /&gt;D'abord publi&#233; dans Development, 45.1, printemps 2002, dans le cadre du projet dirig&#233; par la Soci&#233;t&#233; de D&#233;veloppement International (Rome) sur &#8216;La Femme et les cons&#233;quences politiques de sa place'.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s que les gens migrent, ils ont tendance &#224; songer &#224; l'endroit o&#249; ils sont n&#233;s sentimentalement. Ils &#233;voquent de chaleureuses images de leurs proches, des objets de la vie de tous les jours, de leurs rituels, des chansons, de la nourriture (1). Dans toutes les cultures, beaucoup de f&#234;tes religieuses et nationales r&#233;ifient certains concepts comme le &#8216;chez soi' et la &#8216;famille', habituellement par des images d'un pass&#233; folklorique. Dans ce contexte, la migration est per&#231;ue comme &#233;tant un ultime recours, un d&#233;placement d&#233;sesp&#233;r&#233; et les d&#233;plac&#233;s comme &#233;tant priv&#233;s de l'endroit auquel ils &#8216;appartiennent'. Pourtant pour des millions d'individus tout autour de la Terre, il n'est ni r&#233;aliste, ni d&#233;sirable d'entreprendre des projets plus adultes ou plus ambitieux au lieu de naissance ; et changer de lieu de vie est une solution conventionnelle &#8212; pas traumatisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cette d&#233;cision de se d&#233;placer se produit-elle ? Les tremblements de terre, les conflits arm&#233;s, les maladies ou le manque de nourriture contraignent certaines personnes, ne leur laissant pas beaucoup de choix ni de temps pour consid&#233;rer leurs options : ces gens sont parfois appel&#233;s des r&#233;fugi&#233;s. Quand un homme c&#233;libataire d&#233;cide de voyager, son geste est g&#233;n&#233;ralement vu comme une &#233;volution entendue, le produit de son ambition &#8216;normale' et masculine d'am&#233;liorer son lot par son travail : on l'appelle un migrant. Puis, il y a le cas de la femme qui tente d'en faire autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche dans la marge : la g&#233;ographie de l'exclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant tr&#232;s longtemps j'ai travaill&#233; en educaci&#243;n popular dans diff&#233;rents pays d'Am&#233;rique Latine et des Cara&#239;bes, ainsi qu'avec des migrants latinos en Am&#233;rique du Nord et en Europe ; ces programmes d'&#233;ducation &#233;taient vou&#233;s &#224; l'alphab&#233;tisation, &#224; la pr&#233;vention du SIDA et &#224; l'avancement de la sant&#233;, et &#224; la pr&#233;paration pour la migration et la conscientisation. Sur le sujet des femmes migrantes, il y a un immense &#233;cart entre ce qu'affirment les femmes elles-m&#234;mes et ce qu'affirment les agents sociaux des pays industrialis&#233;s (les gouvernements, les travailleurs pour les ONG, les activistes) ; c'est ce constat qui m'a amen&#233;e &#224; &#233;tudier et &#224; t&#233;moigner sur ces questions. Je me suis d&#233;lib&#233;r&#233;ment positionn&#233;e sur la fronti&#232;re qui s&#233;pare les deux groupes : les migrantes et le social, en Europe, l&#224; o&#249; g&#233;n&#233;ralement les seuls emplois ouverts aux femmes migrantes sont dans les industries domestique, &#8216;de soins' et du sexe. Mon travail se penche &#224; la fois sur le social et les migrantes, alors je passe beaucoup de temps dans les bordels, les bars, les maisons, les bureaux, les v&#233;hicules &#8216;d'action directe' et &#8216;la rue', dans ces multiples aspects. Les donn&#233;es citant les femmes migrantes proviennent de recherches ; la mienne et celle de d'autres intervenants dans plusieurs pays de l'Union Europ&#233;enne. Certaines femmes ont aussi &#233;t&#233; interview&#233;es avant ou apr&#232;s avoir migr&#233; en Am&#233;rique Latine, en Europe de l'Est, en Asie et en Afrique. Les donn&#233;es citant les intervenants sociaux proviennent de ma propre recherche avec ceux qui travaillent sur les questions entourant la prostitution dans ces pays, incluant l'&#233;valuation de projets pour le Bureau International du Travail et la Commission Europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les chercheurs et le personnel des ONG travaillent avec les prostitu&#233;es migrantes depuis bient&#244;t vingt ans en Europe, la publication de leurs conclusions demeure en retrait de la presse et des revues traditionnelles. La plupart de ceux et celles qui ont rencontr&#233; et discut&#233; avec des prostitu&#233;es migrantes ne sont ni des th&#233;oriciens ni des &#233;crivains. On con&#231;oit diff&#233;remment ce que l'on appelle &#8216;l'action directe' et &#8216;la recherche' et on la finance g&#233;n&#233;ralement sous la rubrique pr&#233;vention VIH/SIDA. Ce qui signifie que les produits publicis&#233;s de la recherche r&#233;sultant de l'action directe sont g&#233;n&#233;ralement limit&#233;s &#224; de l'information sur la sant&#233; et les pratiques sexuelles ; bien que consid&#233;rable, le reste de l'information glan&#233;e n'est pas publi&#233;. Il y a des gens qui travaillent au sein de ces projets qui ont l'occasion de se rencontrer et de partager l'information, mais la plupart n'ont pas cette chance. R&#233;cemment, une nouvelle race de chercheur a fait irruption dans le d&#233;cor : de jeunes th&#233;oriciennes &#233;tudiantes en sociologie ou en anthropologie et qui &#233;tudient les migrations. Ces chercheuses veulent rendre justice &#224; la r&#233;alit&#233; qui les entoure, dans laquelle elles retrouvent autant de prostitu&#233;es migrantes que de travailleuses domestiques/&#8216;soignantes' migrantes. La plupart de ces chercheuses recueillent des historiques oraux et certaines ont commenc&#233; &#224; publier, mais il faudra un certain temps avant que de telles conclusions soient reconnues. Le stigmate fonctionne de toutes sortes de mani&#232;res, entre autre en taisant les r&#233;sultats qui ne concordent pas avec le discours h&#233;g&#233;monique(2). Les repr&#233;sentants du courant dominant se plaignent du fait que &#8216;les donn&#233;es ne sont pas syst&#233;matis&#233;es' ou &#8216;qu'il n'y a pas de donn&#233;es.' Dans mon travail, je recherche ces r&#233;sultats &#8216;marginalis&#233;s'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quitter la maison &#8211; le discours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est frappant qu'encore en 2001, la femme qui quitte la maison pour la m&#234;me raison que l'homme &#8211; pour am&#233;liorer son sort en travaillant &#8211; soit si largement per&#231;ue comme y &#233;tant pouss&#233;e, oblig&#233;e, contrainte ou forc&#233;e. Mais le concept de la femme comme partie essentielle de la maison (quand elle n'est pas carr&#233;ment la maison) est si bien ancr&#233; qu'on lui refuse de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re les moyens d'entreprendre une migration. Ainsi commence l'image path&#233;tique de la femme innocente arrach&#233;e &#224; sa demeure, forc&#233;e de migrer, quand elle n'est pas carr&#233;ment enlev&#233;e ou vendue comme esclave. Cette image suit aujourd'hui celles qui migrent vers des endroits o&#249; les seules occupations r&#233;mun&#233;r&#233;es qui leur sont accessibles sont dans le service domestique ou le travail du sexe (3). Le discours du &#8216;trafic' repose sur la pr&#233;somption qu'il vaut mieux pour la femme de rester chez elle que de quitter sa demeure et de s'attirer des ennuis ; les &#8216;ennuis' ab&#238;ment la femme de fa&#231;on irr&#233;parable (elle est ainsi group&#233;e avec les enfants), alors qu'il va de soi que l'homme rencontrera des ennuis et qu'il en viendra &#224; bout. Mais si l'un de nos buts est de trouver une vision de la mondialisation dans laquelle les plus pauvres ne jouent pas uniquement le r&#244;le de victimes, nous devons reconna&#238;tre que des strat&#233;gies qui semblent moins gratifiantes pour certaines personnes peuvent &#234;tre utilis&#233;es avec succ&#232;s par d'autres. Ainsi, cet essai ne pose pas les questions &#224; savoir si le service domestique peut &#234;tre agr&#233;able ou si la prostitution devrait &#234;tre vue comme un &#8216;travail' (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mauvais d&#233;buts ou les moments tristes, effrayants ou m&#234;mes tragiques que traversent les gens qui migrent pour le travail ne les marqueront pas n&#233;cessairement pour toujours, et peuvent ne pas d&#233;finir toute leur exp&#233;rience de vie. L'impuissance relative lors d'une &#233;tape de la migration ne sera pas n&#233;cessairement permanente ; les gens pauvres profitent aussi &#8216;d'identit&#233;s multiples', les &#233;changeant au cours de leur cheminement de vie, compos&#233; de diff&#233;rents besoins, &#233;tapes et projets. En insistant sur la qualit&#233; interm&#233;diaire de la migration lors de conditions moins qu'id&#233;ales, l'existence des pires exp&#233;riences n'est pas ni&#233;e. Les abus des agents qui vendent des entr&#233;es dans les pays industrialis&#233;s s'&#233;tendent aux migrants qui travaillent comme serviteurs domestiques et dans les ateliers clandestins, les maquiladoras, les mines, dans les industries agricoles, sexuelles ou autres, qu'il s'agisse de femmes, d'hommes ou de transgenres. Mais ces histoires tragiques ne sont heureusement pas la r&#233;alit&#233; de la plupart des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;placement ou &#233;garement ? Questions de volont&#233; et de &#8216;choix'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche chez les prostitu&#233;es migrantes et les travailleuses domestiques r&#233;v&#232;le peu de diff&#233;rences essentielles dans leurs projets migratoires et d&#233;montre que les migrations qui ont pu commencer comme une sorte de mal de place (un sentiment de rejet, de n'avoir pas de choix raisonnable) ne sont pas condamn&#233;es &#224; &#234;tre des histoires tristes en permanence (5). M&#234;me les plus pauvres et celles qui ont &#233;t&#233; partiellement &#8216;trafiqu&#233;es' ou &#8216;bern&#233;es' recherchent et trouvent des endroits dans lesquels elles peuvent &#234;tre elles-m&#234;mes, elles s'enfuient, changent d'emploi, apprennent &#224; tirer parti d'amis, de clients, d'employeurs et de petits criminels. En d'autres mots, elles font comme d'autres migrants et dans tous les cas, sauf les pires, elles tendent &#233;ventuellement &#224; trouver un chemin les menant vers une situation qui leur convient mieux, qu'il s'agisse de trouver une bonne famille chez qui faire le m&#233;nage ou un bordel dont le propri&#233;taire est correct ou de bons contacts pour travailler &#224; la pige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations ne sont pas non plus totalement motiv&#233;es par des soucis &#233;conomiques. Expos&#233;s aux images m&#233;diatiques d&#233;peignant les voyages &#224; l'&#233;tranger comme &#233;tant essentiels pour l'&#233;ducation et les loisirs, les migrants potentiels apprennent que les pays industrialis&#233;s sont des lieux de vie tr&#232;s confortables et sophistiqu&#233;s. Ils sont excit&#233;s &#224; l'id&#233;e de rencontrer des gens venant de d'autres pays. Ce ne sont pas tous les pauvres qui d&#233;cident de migrer ; de ceux qui le font, les plus nombreux sont des gens int&#233;ress&#233;s et capables de prendre les risques inh&#233;rents au d&#233;racinement, dans le but de &#8216;se faire une place au soleil'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas qui m'occupe ici est celui des femmes et des transsexuels ayant migr&#233; vers l'Europe, mais les discours qui les repr&#233;sentent comme &#233;tant victimes d'un &#8216;trafic' existent partout autour du monde et sont &#233;tudi&#233;s par plusieurs organismes internationaux (6). Au moment de la r&#233;daction de ce texte, la majorit&#233; des prostitu&#233;es migrantes en Europe proviennent de l'Afrique de l'ouest, de l'Am&#233;rique Latine, de l'Europe de l'Est et des pays de l'ex-Union Sovi&#233;tique. Les travailleurs domestiques ont commenc&#233; &#224; s'unir en d&#233;pit des fronti&#232;res ethniques pour exiger le respect de leurs droits fondamentaux. Ce n'est pas le cas des travailleuses du sexe, ce qui en fait une population impossible &#224; ins&#233;rer dans les structures migratoires classiques, dans lesquelles des associations sont habituellement form&#233;es, constituant une &#233;tape essentielle &#224; &#8216;l'installation' des migrants. Pour toutes sortes de raisons l&#233;gislatives et sociales, la moindre n'&#233;tant pas les politiques r&#233;pressives de la police et des agents de l'immigration partout en Europe, les prostitu&#233;es ont tendance &#224; se d&#233;placer constamment, de ville en ville et de pays en pays (7). Ce mode de vie itin&#233;rant cr&#233;e une relation particuli&#232;re entre l'individu et son &#8216;chez soi' qui l'emp&#234;che de faire ce que le migrant est &#8216;cens&#233;' faire afin de s'&#233;tablir et de devenir un bon citoyen (de seconde classe) ; les Roma souffrent du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne. Alors que le nomadisme est consid&#233;r&#233; romantique quand il est lointain (comme chez les B&#233;douins), on tend &#224; le voir comme un probl&#232;me social en occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crivains qui se sont pench&#233;s sur les migrations et les diasporas gardent un silence presque total sur les prostitu&#233;es migrantes (8). Pourtant, quels excellents sujets d'&#233;tude : elles traversent &#224; r&#233;p&#233;tition et avec intr&#233;pidit&#233; les fronti&#232;res, et d'ordinaire elles arrivent avec peu d'information, peu de bagages et peu de connaissance de la langue locale. Mais les seuls aspects de leur vie qui soient examin&#233;s (par tous, pas seulement par les lobbyistes anti-prostitution) sont leur statut de victimes marginalis&#233;es et leur r&#244;le pr&#233;sum&#233; dans la propagation du VIH/SIDA ; ce sont l&#224; des injustices stigmatisantes. Cependant, l'on peut pr&#233;sumer que si le groupe utilisant la prostitution afin de passer en Europe et de faire un bon salaire &#233;tait compos&#233; majoritairement d'hommes, le mouvement serait vu comme un geste cr&#233;atif et non pas constamment qualifi&#233; de trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver son plaisir dans la marge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#233;ment crucial de cette r&#233;action sexosp&#233;cifique est la pr&#233;somption tr&#232;s r&#233;pandue que le corps d'une femme est tout d'abord un &#8216;endroit' sexuel. Les exp&#233;riences sexuelles de la femme ainsi que ses organes sexuels seraient essentiellement reli&#233;s &#224; son estime de soi. Bien que ceci soit vrai pour beaucoup de femmes, ce n'est pas universel, et pour beaucoup de prostitu&#233;es, le fait de se servir de son corps pour faire un profit n'est pas si bouleversant ou important ; d'ailleurs elles rapportent habituellement que leur premi&#232;re semaine au travail s'est r&#233;v&#233;l&#233;e difficile, mais qu'elles se sont adapt&#233;es par apr&#232;s (9). Certains th&#233;oriciens affirment que quelque chose de l'ordre de l'&#226;me ou du soi r&#233;el est &#8216;ali&#233;n&#233;' quand une relation sexuelle se produit en dehors du contexte de &#8216;l'amour', et que cette exp&#233;rience fait subir un tort irr&#233;parable &#224; la femme, mais ces hypoth&#232;ses demeurent moralisantes et impossibles &#224; prouver. Certaines femmes se sentent bless&#233;es par la pratique de la prostitution alors que d'autres y trouvent du plaisir, ce qui signifie qu'il n'existe pas une seule exp&#233;rience corporelle partag&#233;e par toutes&#8212;ce qui n'est pas une surprise, apr&#232;s tout. De toutes fa&#231;ons, m&#234;me les prostitu&#233;es qui n'aiment pas leur m&#233;tier disent que c'est mieux que beaucoup d'autres options qui ne leur plaisent pas plus ; apprendre &#224; s'adapter aux n&#233;cessit&#233;s et &#224; ignorer les aspects d&#233;sagr&#233;ables d'un m&#233;tier est une strat&#233;gie humaine normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on sentimentalise les &#8216;migrants d&#233;racin&#233;s', l'on oublie la kyrielle de fa&#231;ons qu'ils pourraient &#234;tre mis&#233;rables dans leur pays natal. Beaucoup de femmes, d'homosexuels et de transsexuels quittent les pr&#233;jug&#233;s des petites villes, des emplois sans avenir, des rues dangereuses, des p&#232;res autoritaires et des conjoints violents. La &#8216;maison' peut aussi &#234;tre un endroit ennuyeux ou suffocant, comme le d&#233;montre l'&#233;norme vari&#233;t&#233; de lieux de divertissement que l'on trouve &#224; l'ext&#233;rieur des maisons. Dans beaucoup de cultures du tiers monde, seulement les hommes ont le droit de jouir de ces plaisirs, d'occuper ces lieux ; en Europe, tout le monde y a droit. Les gens qui font de la prostitution ont aussi une vie priv&#233;e, vont voir des films, fr&#233;quentent des bars, des discoth&#232;ques, des restaurants, assistent &#224; des concerts, des festivals, des f&#234;tes d'&#233;glise et vont dans les parcs. Leur d&#233;sir de laisser derri&#232;re eux le travail et d'&#234;tre ordinaire est pareil &#224; celui de tous ; dans le contexte des espaces urbains, ils deviennent des fl&#226;neurs et des consommateurs, comme n'importe qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concepts sociaux de la &#8216;place' des prostitu&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs projets d'ONG en Europe oeuvrent avec des prostitu&#233;es migrantes et cherchent &#224; encourager leur auto-organisation pour la d&#233;fense de leurs droits fondamentaux (10). Cependant, de tels projets demandent in&#233;vitablement que le sujet s'identifie comme prostitu&#233;e, ce que font peu d'entre elles ; la femme s'identifie plut&#244;t comme migrante de Cali ou de Benin City ou de Kherson travaillant temporairement dans l'industrie du sexe, pour arriver &#224; ses fins. Ceci signifie que les questions d'identit&#233; l'int&#233;ressent moins que d'avoir le droit de continuer &#224; gagner de l'argent comme elle le fait, sans se faire harceler et violenter d'un c&#244;t&#233;, et sans subir la piti&#233; et les projets pour la &#8216;sauver' de l'autre (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s souvent, le discours de la solidarit&#233; &#233;tablit une dichotomie sur la &#8216;place' que doivent occuper les migrants : de un, leur pays natal (qu'ils aimaient et qu'ils ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de quitter) et de deux, l'Europe (d'o&#249; ils ne veulent pas &#234;tre d&#233;port&#233;s). Les relations compliqu&#233;es qu'entretiennent les migrants avec leur pays natal, qui n'est pas toujours un endroit qu'ils d&#233;sirent visiter ou dans lequel ils aimeraient retourner vivre, sont exclues des discussions les concernant. Et quand les prostitu&#233;es migrantes sont repr&#233;sent&#233;es comme &#233;tant des victimes d'un &#8216;trafic', on pr&#233;sume qu'elles ont &#233;t&#233; arrach&#233;es de chez elles contre leur gr&#233;, ce qui donne aux imm&#233;diates mesures de d&#233;portation peu subtiles des allures de gestes bienveillants (ph&#233;nom&#232;ne que certains activistes ironiques ont nomm&#233; du &#8216;re-trafic' (12)). Divers th&#233;oriciens ont soulign&#233; que le travail des migrantes qui s'occupent d'enfants, de gens &#226;g&#233;s et de personnes malades cr&#233;e des &#8216;cha&#238;nes' d'amour et d'affection qui comprennent les familles qu'elles ont quitt&#233;es, les familles pour lesquelles elles viennent travailler et les nouveaux liens tiss&#233;s &#224; l'&#233;tranger. Cette vision plus nuanc&#233;e du r&#244;le de la &#8216;place' dans la vie des femmes migrantes n'est cependant pas habituellement appliqu&#233;e aux travailleuses du sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux comme lieux de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette th&#233;orie concerne peu la femme concentr&#233;e sur son avancement, pour qui sa relation aux &#8216;endroits' est dramatiquement affect&#233;e par l'industrie au sein de laquelle elle oeuvre, une s&#233;rie de milieux. Une femme provenant d'une r&#233;gion rurale du tiers monde peut arriver en Europe et, avec les bons contacts, bient&#244;t gagner 5000 Euros ou plus par mois. Ce chiffre ne vise pas celles que l'on appelle parfois les prostitu&#233;es &#8216;de luxe' qui travaillent avec des clients &#8216;d'&#233;lite' (qui peuvent gagner beaucoup plus), mais correspond &#224; la somme moyenne gagn&#233;e dans de grands ou de petits clubs et bordels tout comme dans les appartements, dont les noms et les caract&#233;ristiques particuli&#232;res changent d'un pays &#224; l'autre (13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette somme, une migrante peut assez rapidement rembourser les dettes encourues lors de sa migration. Pour la gagner, elle travaille dans des clubs, des bordels, des appartements et des bars multiculturels et multilingues. Ici on trouvera des gens de la Guin&#233;e &#201;quatoriale qui travaillent avec des Br&#233;siliens et des Russes, des Nig&#233;rians avec des P&#233;ruviens et des Bulgares. Les milieux sont des &#8216;lieux de travail' pour celles qui y vendent des services sexuels ; elles passent de nombreuses heures dans le bar, elles socialisent, elles parlent et boivent entre elles et avec la client&#232;le et d'autres travailleurs aussi, comme les chefs, les gar&#231;ons de table, les caissi&#232;res et les videurs. Pour ce qui est des appartements, certaines y vivent alors que d'autres ne viennent que pour faire leur quart de travail. Le fait de passer le plus clair de leur temps dans de telles atmosph&#232;res, pour peu qu'elles s'y adaptent le moindrement, produit des sujets cosmopolites, qui, par d&#233;finition, entretiennent une relation sp&#233;ciale avec la &#8216;place'. Les cosmopolites consid&#232;rent que le monde leur appartient, mais qu'ils n'y sont pas chez eux, et il n'y a rien dans le concept qui les emp&#234;che d'&#234;tre pauvres ou d'&#234;tre prostitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile de trouver des travailleuses du sexe migrantes qui ont v&#233;cu dans plusieurs villes europ&#233;ennes : Turin, Amsterdam, Lyon. Elles ont rencontr&#233; des gens provenant de dizaines de pays et parlent un peu plusieurs langues ; elles sont fi&#232;res d'avoir appris &#224; &#234;tre flexibles et &#224; tol&#233;rer la diff&#233;rence. Qu'elles parlent avec amour de leur pays natal ou non, elles ont d&#233;pass&#233; la sorte d'attachement patriotique qui m&#232;ne &#224; la ferveur nationaliste et font partie du groupe qui pourrait bien &#234;tre l'espoir du monde, celui qui juge les gens par leurs actes et leurs id&#233;es et non pas leur apparence ni leur origine. Voil&#224; la force du cosmopolite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines personnes doutent qu'il puisse exister des relations de travail normales dans ces milieux. Ce doute semble faire de tous les autres lieux de travail des endroits moins ali&#233;nants : bureaux, cliniques et h&#244;pitaux, usines, maisons, mines, ateliers clandestins, fermes, &#233;coles et universit&#233;s, etc&#8230; Mais l'industrie du sexe est &#233;norme, comprenant clubs, bars, discoth&#232;ques et cabarets, lignes t&#233;l&#233;phoniques &#233;rotiques, sex-shops avec cabines priv&#233;es, salons de massage et saunas, services d'escorte, certaines agences matrimoniales, appartements, cin&#233;ma pornographique, restaurants &#233;rotiques, services de domination et de soumission et prostitution de rue. Beaucoup de ces emplois sont &#224; temps partiel, occasionnels ou des emplois parall&#232;les, et les conditions de travail pour ces millions d'emplois autour du monde varient &#233;norm&#233;ment. On ne peut donc pas faire de g&#233;n&#233;ralisation en termes de &#8216;place'. Il y a souvent un grand roulement dans le personnel, mais ce ph&#233;nom&#232;ne est aussi caract&#233;ristique des emplois dans le milieu du cin&#233;ma et des arts de la sc&#232;ne, et aussi du travail de bureau &#8216;temporaire' et dans le domaine de l'informatique (o&#249; personne ne met en doute que des relations normales puissent avoir lieu). Selon l'individu, les relations avec les coll&#232;gues peuvent traverser les fronti&#232;res ethniques ou non ; les possibilit&#233;s sont plus grandes l&#224; o&#249; l'on trouve une grande vari&#233;t&#233; de personnes sans aucun type pr&#233;dominant. C'est le cas dans les milieux, maintenant que les migrantes constituent la majorit&#233; des prostitu&#233;es &#224; travers l'Europe&#8212;jusqu'&#224; 90 pourcent en Italie (Tampep 200).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . et les milieux comme fronti&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux ne sont pas que multiethniques ; ils sont comme des sortes de pays frontaliers : des endroits de m&#233;lange, de confusion et d'ambigu&#239;t&#233;, o&#249; les &#8216;lignes' qui s&#233;parent les choses sont floues. Comme tant de prostitu&#233;es migrantes d'Europe sont &#233;trang&#232;res, les langues parl&#233;es dans les milieux incluent les pidgins, les cr&#233;oles, le langage des signes et les lingua francas, o&#249; les Espagnoles apprennent &#224; communiquer avec les Nig&#233;rians, les Italiennes avec les Russes, les Fran&#231;aises avec les Albanais. De la m&#234;me fa&#231;on, beaucoup de clubs ressemblent &#224; des carnavals, o&#249; le monde est &#224; l'envers, o&#249; la prostitu&#233;e est comme le p&#237;caro, la semi-&#233;trang&#232;re qui dupe son prochain au lieu de travailler honn&#234;tement, remplissant le r&#244;le de &#8220;l'&#233;trang&#232;re cosmopolite &#8230; qui exploite l'&#233;tat liminal d'&#234;tre ni tout &#224; fait l'un ou l'autre des points fixes dans une s&#233;quence de statuts et en fait une chose permanente&#8221; (Turner 1974, 232).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux sont des sites d'exp&#233;rimentation et de spectacle, o&#249; les uns jouent la masculinit&#233; et les autres la f&#233;minit&#233;. Des enqu&#234;tes aussi &#233;loign&#233;es les unes des autres que Tokyo et Milan d&#233;montrent que pour beaucoup de gens, l'acte sexuel accompli &#224; la fin d'une soir&#233;e en ville ou d'un puttan tour n'est pas le c&#339;ur de l'exp&#233;rience, qui r&#233;side plut&#244;t dans le partage avec des amis d'une soir&#233;e o&#249; l'on discute, l'on boit, l'on regarde, l'on conduit, l'on flirte, l'on fait des remarques, l'on consomme de la drogue et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'on se comporte en &#8216;hommes' (Allison 1994, Leonini 1999). La prostitu&#233;e dans son uniforme de travail fait ce qui rapporte de l'argent : dans le cas de la transsexuelle, une hyperperformance de f&#233;minit&#233;. N'importe quel service sexuel contract&#233; n'occupe habituellement pas plus de quinze minutes ; pourtant, les travailleuses et les clients passent de longues heures &#224; se tourner autour, en marge de l'acte sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'institution patriarcale qu'est l'industrie du sexe, ce sont les hommes qui ont la &#8216;permission' publique d'exp&#233;rimenter avec leur masculinit&#233; et d'entrer en relation avec des gens qu'ils ne rencontreraient pas ailleurs. La disponibilit&#233; des femmes migrantes, des hommes homosexuels et des transsexuels signifie que des millions de relations se produisent chaque jour entre des personnes de cultures diff&#233;rentes. La r&#233;duction de ces relations &#224; des &#8216;actes' indistincts et leur &#233;limination de la consid&#233;ration culturelle &#224; cause du fait qu'elles impliquent de l'argent ne peut &#234;tre justifi&#233;e (14). Pour ceux qui th&#233;orisent que le sexe c'est la culture, les pratiques sexuelles sont construites, transmises, chang&#233;es, et m&#234;me mondialis&#233;es, et les travailleuses du sexe migrantes sont les porteuses du savoir culturel (15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous s'accordent pour dire que l'industrie du sexe existe dans le cadre d'une structure patriarcale. Les critiques continueront de d&#233;plorer la perte de leur &#8216;chez soi' des prostitu&#233;es migrantes et la quasi-impossibilit&#233; qu'elles s'organisent formellement. Mais rendons aussi &#224; C&#233;sar ce qui est &#224; C&#233;sar : il faut reconna&#238;tre la d&#233;brouillardise de la plupart des femmes migrantes et leur donner la possibilit&#233; de vaincre leur victimisation et de ressentir plaisir et satisfaction dans les situations difficiles et les endroits qui leur sont &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- En anglais, le mot &#8216;home' &#224; lui seul sous-entend toutes ces choses, mais ce n'est pas le cas dans toutes les langues.&lt;br class='autobr' /&gt;
2- David Sibley a contribu&#233; des preuves irrempla&#231;ables de ceci dans son chapitre sur la recherche sociologique rigoureuse de W.E.B. DuBois sur &#8216;The Philadelphia Negro', qui n'a jamais &#233;t&#233; accept&#233;e par l'Acad&#233;mie (1995).&lt;br class='autobr' /&gt;
3- On retrouve dans le service domestique plusieurs des m&#234;mes caract&#233;ristiques qui m&#232;nent &#224; l'isolement que dans le travail du sexe, et les deux sont entrepris simultan&#233;ment par de nombreuses femmes qui cherchent &#224; faire plus d'argent plus rapidement.&lt;br class='autobr' /&gt;
4- Comme le disait une membre de Babaylan, un groupe de travailleuses domestiques migrantes : &#8220;Nous ne voyons la migration ni comme une d&#233;gradation ni une am&#233;lioration &#8230; de la position de la femme, mais comme une restructuration des relations entre les sexes. Il n'est pas absolument essentiel que cette restructuration soit exprim&#233;e par une vie professionnelle satisfaisante. Elle peut se produire par l'affirmation d'une autonomie dans la vie sociale, par les relations avec la famille d'origine ou par la participation dans des r&#233;seaux et des associations officielles. L'&#233;cart entre la r&#233;mun&#233;ration dans le pays d'origine et le pays d'immigration peut en lui-m&#234;me cr&#233;er cette autonomie, m&#234;me si le m&#233;tier dans le pays d'accueil est celui de domestique log&#233;e ou de prostitu&#233;e.&#8221; Anny Misa Hefti : 1997 (mes italiques)&lt;br class='autobr' /&gt;
5- Conclusions publi&#233;es par des chercheurs en Espagne et communications personnelles avec des chercheurs en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie, en France, en Belgique, en Allemagne, en Hollande et en Suisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
6- Actuellement, d'autres endroits concern&#233;s par le discours sur ces questions sont l'Inde, le delta du M&#233;kong, le Nigeria et la R&#233;publique Dominicaine, de m&#234;me que le Canada et les &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
7- Les efforts que d&#233;ploient la police et les agents d'immigration pour &#8216;nettoyer' les sites fr&#233;quent&#233;s par les prostitu&#233;es ou pour embarquer les travailleuses &#8216;sans-papiers' varient d'une ville &#224; l'autre en Europe, changent de jour en jour et ciblent, d&#233;pendamment des politiques du moment, les travailleuses dans la rue, dans les bars ou dans les bordels. Presque toutes les travailleuses craignent l'attention polici&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
8- L'exception la plus notable &#224; ce silence est n&#233;gative et embl&#233;matique. Dans son expos&#233; sur le film India Cabaret de Mira Nair, Arjun Appadurai commence en d&#233;crivant les jeunes femmes de Kerala qui &#8220;viennent &#224; Bombay pour faire fortune comme danseuses de cabaret et prostitu&#233;es&#8221;, un rendu assez neutre de la situation. Cependant, deux phrases plus tard, sans aucune justification, il parle de &#8220;ces trag&#233;dies de d&#233;racinement&#8221;, et il reproche aux hommes qui fr&#233;quentent ces cabarets d'&#234;tre des rapatri&#233;s du Moyen-Orient, &#8220;o&#249; leur vie diasporique et sans femme d&#233;forme totalement leur sens de ce que pourraient &#234;tre les relations homme-femme&#8221;. Appadurai ne donne aucune r&#233;f&#233;rence ni appui th&#233;orique pour &#233;tayer ces opinions typiquement moralistes sur ce que &#8216;devraient' &#234;tre la sexualit&#233; et les relations (Appadurai 1996, 38-9).&lt;br class='autobr' /&gt;
9- Je ne parle pas ici d'individus particuliers qui aiment v&#233;ritablement leur m&#233;tier dans l'industrie du sexe et qui veulent faire reconna&#238;tre leurs droits en tant que travailleuses du sexe. Certaines de ces personnes se sont organis&#233;es et lobbyent contre la criminalisation de la prostitution et pour les droits des prostitu&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
10- Notez que ces projets sont solidaires des travailleuses du sexe et non pas compos&#233;s de travailleuses du sexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
11- Plusieurs noteront qu'avoir le droit &#8216;d'avancer' dans l'industrie du sexe d&#233;pend de la position sociale pr&#233;alable.&lt;br class='autobr' /&gt;
12- La r&#233;alisation tardive que ces arguments favorisent les politiques conservatrices d'immigration&#8212;celles dont le but est fondamentalement de fermer les fronti&#232;res et d'exclure les migrants&#8212;a men&#233; &#224; diverses propositions nationales qui permettraient aux personnes trafiqu&#233;es de demeurer, qu'elles d&#233;cident de d&#233;noncer leurs exploiteurs ou pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
13- La surprise que pourrait causer ce chiffre est reli&#233;e &#224; la couverture m&#233;diatique qui se concentre presque exclusivement sur la prostitution de rue ou les pires sites d'exploitation int&#233;rieurs. Il est possible de gagner cette somme si l'on a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e ou si l'on s'est pr&#233;sent&#233;e soi-m&#234;me &#224; ce march&#233; ; il faut aussi poss&#233;der les habilet&#233;s pour y op&#233;rer et apprendre &#224; g&#233;rer ce genre de somme (un probl&#232;me fr&#233;quent est la consommation &#224; grande &#233;chelle qui tend &#224; annuler les revenus &#233;lev&#233;s). Travailler moins d'heures ou de jours ou faire des pauses entre les contrats r&#233;duit les revenus. Pour en lire plus sur les &#8216;habilet&#233;s' n&#233;cessaire, voir Agust&#237;n 2000.&lt;br class='autobr' /&gt;
14- Le dernier &#8216;endroit' &#224; &#234;tre occup&#233; par les prostitu&#233;es migrantes est le cyberespace, un espace cosmopolite sans fronti&#232;res. La stigmatisation des prostitu&#233;es et le d&#233;sir de beaucoup des clients de cacher leurs envies fait du cyberespace &#8216;l'endroit' id&#233;al pour tous, et dans une rapide prolif&#233;ration de formes, les services sexuels sont offerts ou compl&#233;t&#233;s dans des cybersalons, sur des babillards &#233;lectroniques, dans des pages avec des images et du son enregistr&#233;, dans des publicit&#233;s directes avec num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, et gr&#226;ce aux netcams, dans des spectacles priv&#233;s et plus &#8216;publics'. Ici les femmes se r&#233;v&#232;lent &#234;tre des consommatrices, peut-&#234;tre &#224; cause du manque &#8216;d'endroits' o&#249; elles peuvent se procurer du sexe anonyme, public ou commercial. Consid&#233;rons une &#233;tude men&#233;e en Europe selon laquelle les femmes composaient jusqu'&#224; 26 pourcent des visiteurs des sites pornographiques. (Nielsen Netratings 1999)&lt;br class='autobr' /&gt;
15- &#8220;La contextualisation de la sexualit&#233; dans le cadre de l'&#233;conomie politique souligne &#224; quel point les notions pr&#233;dominantes sur la sexualit&#233;, les sexes, et le d&#233;sir sont aliment&#233;es par une mentalit&#233; colonialiste qui pr&#233;sume une rigidit&#233; interculturelle et la constance des cat&#233;gories sexuelles et la durabilit&#233; des limites g&#233;ographiques et culturelles impos&#233;es par les chercheurs occidentaux.&#8221; (Parker, Barbosa, et Aggleton : 2001, p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agust&#237;n, Laura. 2000. &#8220;Trabajar en la industria del sexo.&#8221; OFRIM Suplementos, 6, Madrid.&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction anglaise, &#8220;Working in the Sex Industry&#8221;, &#224; &lt;a href=&#034;http://www.swimw.org/agustin.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.swimw.org/agustin.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allison, Anne. 1994. Nightwork : Sexuality, Pleasure and Corporate Masculinity in a Tokyo Hostess Club. Chicago : University of Chicago Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appadurai, Arjun. 1996. Modernity at Large. Minneapolis : University of Minnesota Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hefti, Anny Misa. &#8220;Globalization and Migration&#8221;. Pr&#233;sentation &#224; la conf&#233;rence Responding to Globalization, 19-21 Septembre 1997, Zurich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leonini, Luisa, &#233;d. 1999. Sesso in acquisito : Una ricerca sui clienti della prostituzione. Milan : Edizioni Unicopli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nielsen Netratings, publi&#233; dans Ciberpa&#237;s, 9 Mars 2001, p. 13, Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parker, Richard, Barbosa, Regina Maria et Aggleton, Peter. 2000. Framing the Sexual Subject : The Politics of Gender, Sexuality and Power. Berkeley : University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sibley, David. 1995. Geographies of Exclusion. Londres : Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tampep (Transnational AIDS/STD Prevention Among Migrant Prostitu&#233;es in&lt;br class='autobr' /&gt;
Europe Project). 1999. Health, Migration and SexWork : The Experience of Tampep. Amsterdam : M. A de Graaf Stichting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Turner, Victor. 1974. Dramas, Fields and Metaphors. Ithaca : Cornell University&lt;br class='autobr' /&gt;
Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ressources Internet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;International Union of Sex Workers &lt;a href=&#034;http://www.iusw.org/start/index.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.iusw.org/start/index.html&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Femmigration &lt;a href=&#034;http://www.femmigration.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.femmigration.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Network of Sex Work Projects &lt;a href=&#034;http://www.nswp.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.nswp.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durbar Mahila Samanwaya Committee (Inde) &lt;a href=&#034;http://www.durbarmahila.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.durbarmahila.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prostitutes' Education Network &lt;a href=&#034;http://www.bayswan.org/penet.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.bayswan.org/penet.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;European Network for HIV/STD Prevention in Prostitution &lt;a href=&#034;http://www.europap.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europap.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sex Workers' International Media Watch : &lt;a href=&#034;http://www.swimw.org/agustin.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.swimw.org/agustin.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commercial Sex Information Service &lt;a href=&#034;http://www.walnet.org/csis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.walnet.org/csis/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Global Alliance Against Trafficking in Women &lt;a href=&#034;http://www.inet.co.th/org/gaatw/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.inet.co.th/org/gaatw/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. A de Graaf Stichting (Hollande) &lt;a href=&#034;http://www.mrgraaf.nl/indexe.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mrgraaf.nl/indexe.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sex Worker Education &amp; Advocacy Task Force (Afrique du Sud) &lt;a href=&#034;http://www.sweat.org.za/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sweat.org.za/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sex Workers' Outreach Project (Australie) &lt;a href=&#034;http://www.swop.org.au/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.swop.org.au/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zi Teng (Hong Kong) &lt;a href=&#034;http://ziteng.org.hk/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ziteng.org.hk/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation of Prostitutes (Tai Pei) &lt;a href=&#034;http://www.bayswan.org/taipei.html/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.bayswan.org/taipei.html/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Eclaircissement sur les positions de Cabiria en mati&#232;re de prostitution</title>
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		<dc:creator>Sabine</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au del&#224; du r&#233;glementarisme et de l'abolitionnisme : &lt;br class='autobr' /&gt; Suite aux diff&#233;rentes d&#233;formations, incompr&#233;hensions, rumeurs au sujet de la position politique de CABIRIA en mati&#232;re de prostitution, nous d&#233;sirons faire une mise au point afin d'&#233;viter toute future confusion &#224; ce sujet. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'association Cabiria n'a jamais d&#233;fendu, et ne d&#233;fendra jamais une position r&#233;glementariste concernant la prostitution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous consid&#233;rons en effet que le syst&#232;me r&#233;glementariste est une politique publique qui r&#233;pond (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au del&#224; du r&#233;glementarisme et de l'abolitionnisme :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Suite aux diff&#233;rentes d&#233;formations, incompr&#233;hensions, rumeurs au sujet de la position politique de CABIRIA en mati&#232;re de prostitution, nous d&#233;sirons faire une mise au point afin d'&#233;viter toute future confusion &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association Cabiria n'a jamais d&#233;fendu, et ne d&#233;fendra jamais une position r&#233;glementariste concernant la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rons en effet que le syst&#232;me r&#233;glementariste est une politique publique qui r&#233;pond avant tout aux besoins de l'Etat quant &#224; la gestion des flux financiers et des questions sanitaires ainsi qu'aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des diff&#233;rents &#034;interm&#233;diaires&#034; de la prostitution : le prox&#233;n&#233;tisme h&#244;telier, de &#034;soutien&#034;, de migration, ... . Le r&#233;glementarisme n'est d'aucune fa&#231;on une r&#233;ponse ad&#233;quate aux besoins et revendications des personnes prostitu&#233;es elles-m&#234;mes et contribue, au contraire, &#224; renforcer le pouvoir de l'Etat et des prox&#233;n&#232;tes sur elles au d&#233;triment de l'autonomie et la libert&#233; des personnes prostitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques abolitionnistes, elles, ont montr&#233; leurs limites. M&#234;me si elles permettent une lutte efficace contre le prox&#233;n&#233;tisme, elles ne garantissent malheureusement pas les droits des personnes prostitu&#233;es et les ravalent au rang &#034;d'inadapt&#233;es sociales&#034; (ordonnances de 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu l'occasion, lors des rapports d'activit&#233;s 1999, 2000 et 2001, d'analyser de fa&#231;on approfondie ce en quoi ni le syst&#232;me abolitionniste ni le syst&#232;me r&#233;glementariste ne r&#233;pondent aux questions &#233;l&#233;mentaires de libert&#233; et d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable politique publique doit, selon nous, partir du droit commun et des droits fondamentaux que tout &#233;tat d&#233;mocratique garantie &#224; tou-te-s ses citoyen-ne-s, des revendications et besoins des personnes prostitu&#233;es elles-m&#234;mes et respecter leurs droits sociaux, civiques et humains &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du r&#233;glementarisme et au-del&#224; de l'abolitionnisme, CABIRIA cherche &#224; promouvoir une politique publique d'&#233;mancipation sociale et citoyenne des personnes prostitu&#233;es face aux multiples violences institutionnelles, &#233;tatiques, mafieuses ou commerciales. CABIRIA propose &#233;galement une r&#233;flexion approfondie sur la question de la prostitution au regard de la domination masculine et des rapports sociaux de sexe, ce dans le respect total des choix de vie des personnes prostitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique publique efficace en la mati&#232;re ne peut pas se faire sans la consultation et participation permanente des personnes concern&#233;es, raison pour laquelle CABIRIA appelle &#224; l'organisation d'une plate-forme nationale de discussion de la prostitution, organis&#233;e &#224; parit&#233; avec les personnes prostitu&#233;es. Cette plate-forme devrait permettre de rassembler les personnes prostitu&#233;es, les pouvoirs publics, les organismes parapublics (CNAM, Caisse de retraite, ...), organismes priv&#233;s, associations de terrain, , etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous rappelons nos questionnements sur les migrations, &#233;galement trait&#233;s dans le rapport d'activit&#233; 2001. En quelques mots, nous craignons que la question du trafic ne soit instrumentalis&#233;e pour renforcer une politique x&#233;nophobe et raciste. Dans les politiques r&#233;pressives appliqu&#233;es pour lutter contre le trafic en France RIEN n'est fait pour prot&#233;ger les victimes de ce trafic. Les femmes migrantes sont ainsi assimil&#233;es aux milieu criminel, pers&#233;cut&#233;es, menac&#233;es par la police etc. Nous promouvons l'id&#233;e que la meilleure des protections pour ses femmes lorsqu'elles sont en France serait de leur donner la possibilit&#233; de r&#233;sider l&#233;galement sur notre territoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre exp&#233;rience depuis bient&#244;t deux ans avec les femmes des pays de L'Europe de l'Est nous d&#233;montre chaque jour que ces femmes veulent gagner leur autonomie, y compris dans la pratique de la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de toute analyse simplificatrice et stigmatisante du ph&#233;nom&#232;ne prostitutionnel, Cabiria rappelle son exigence &#233;thique et intellectuelle d'honn&#234;tet&#233; et de respect afin que les personnes prostitu&#233;es soient enfin prises en compte dans l'&#233;laboration de politiques publiques les concernant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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